L’espionne du
    Jeu de Paume

    Sur une photographie prise au musée du Jeu de Paume en 1934, Rose Valland (1898-1980) apparaît, droite comme un point d’exclamation posé là par hasard, dans une austère tenue noire dont la jupe atteint les chevilles.
    Avec son allure figée, ses lunettes finement cerclées, ses cheveux strictement tirés en arrière, sa silhouette semble d’autant plus modeste et fragile qu’elle se trouve à proximité d’une monumentale statue du sculpteur argentin José Fioravanti. Elle fait irrésistiblement penser à Pauline Carton campant Madame Muscat dans Bonne chance, un film que Sacha Guitry devait tourner au même moment. Une Pauline Carton bien austère toutefois.

    C’est cette même femme, attachée de conservation qui, dès mars 1941, jouera un rôle capital en s’improvisant espionne dans cet établissement voisin du Louvre devenu, à l’initiative de l’occupant nazi, la plaque tournante d’un ahurissant trafic d’œuvres d’art, pour la plupart confisquées à des collectionneurs et des galeristes juifs et francs-maçons.

    Les rapports et les notes que Rose Valland adressa au directeur des Musées nationaux Jacques Jaujard – 172 feuillets inédits – sont importants à plus d’un titre. Ils témoignent d’abord de l’institutionnalisation, via un organisme directement rattaché à Adolf Hitler, l’Einsatzstab Reichleiter Rosenberg für die bestzten Gebeite (E.R.R.), du pillage des œuvres d’art dans les pays occupés, notamment en France et dans le Benelux. Ils dressent ensuite des listes, hélas non exhaustives, d’œuvres spoliées, souvent identifiées. Ils indiquent en outre leurs destinations outre-Rhin, une démarche qui facilitera grandement, après la guerre, la récupération d’une partie d’entre elles.

    Enfin, ils apportent des informations sur les curieuses pratiques qui sévissaient à l’E.R.R., lieu d’intrigues de palais, de conflit d’intérêts – la concurrence entre l’enrichissement des musées du Reich voulu par Hitler et celui de la collection personnelle d’Hermann Goering qui se rendit 21 fois sur place pour faire son marché en offre un exemple – ou théâtre de simple rapine. Car, dans l’entrepôt au stock constamment renouvelé que constituait le Jeu de Paume, des objets disparaissaient, parfois volés par des soldats, parfois empaquetés pour la femme du directeur allemand, comme ces meubles, fourrures et argenterie signalés dans une note du 25 septembre 1943. Il est piquant de voir ainsi les représentants de la « race des seigneurs » s’approprier les petites cuillers en catimini, comme des truands sans envergure, au beau milieu des tableaux de Braque, de Picasso, de Courbet, de Renoir.

    Patiemment, discrètement, écoutant aux portes, fouillant les poubelles, Rose Valland consignait tous les détails qu’elle jugeait utiles, conversations, bruits de couloir, circulaires, incidents, actes de vandalisme. Elle croquait aussi sur le vif, et non sans ironie, le portrait des responsables nazis, de leurs visiteurs; elle notait des adresses, faisait part, tour à tour, de ses espoirs, de ses indignations. Autant d’informations factuelles et précises qui renseignent les historiens de l’art sur les spoliations perpétrées durant toute l’occupation et témoignent de la qualité des services que cette héroïne de l’ombre, tenace, peu commode et surtout trop vite oubliée, rendit à son pays. Rose Valland publia en 1961, "Le Front de l’art" (Plon) qui fut réédité en 1997 et en 2014 par les éditions de la Réunion des musées nationaux, et demeure aujourd’hui encore disponible.


    Illustration : Rose Valland, Musée du Jeu de Paume, 1934, photo D.R.

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