Pages d' histoire...

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L' espionne du Jeu de Paume

------- " Les expositions se succédaient mettant de l'ordre dans un amoncellement d'oeuvres d'art déversées par camions. Ces présentations provisoires ne constituaient cependant qu'une étape intermédiaire, suivie peu après d'un transfert vers l'Allemagne.

Dans l'ignorance où les Français étaient laissés officiellement des agissements de l'occupant, leurs seules informations ne p ouvaient provenir que du musée où l' Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg avait installé sa base d'opérations

A partir des faits qui lui étaient rapportés, de la documentation qui lui était fournie, le Directeur des Musées nationaux, Jacques Jaujard pouvait préparer ses protestations officielles -ou ses interventions officieuses- et prévenir l'administration des Domaines.

La liaison fonctionna toujours parfaitement, il n'y eut jamais de fausse manoeuvre. Si je m'étais laissé deviner, nul doute pourtant que mes chefs et amis, MM. Jaujard, Billiet et Mme Saupique, n'en aient ressenti le contre-coup. Les uns et les autres en étions conscients, sans nous le dire, mais en temps de guerre n'est-on pas toujours en sursis de quelque danger ?

Tout ce que je voyais et entendais, finissait par constituer dans le fichier de ma mémoire et de mes notes, une importante réserve, d'après laquelle je m'efforçais de connaître autant que possible les opérations et les projets de I' ER.R. Tout était à surveiller et à retenir car on ne sait jamais sur le moment le détail qui comptera plus tard..."------

Rose Valland, "Le Front de lArt"

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L 'arrivée des Allemands au Jeu de Paume

------ " Le musée des Écoles étrangères contemporaines installé dans le pavillon consacré anciennement au Jeu de Paume, sur la terrasse des Tuileries, présentait avant guerre de nombreuses expositions et gardait à demeure une sélection des oeuvres d'art les plus significatives de l'École de Paris. Il jouissait, en raison de sa spécialisation et de son caractère international, d'une réputation méritée en France et au delà des frontières.

Depuis 10 ans je m'y consacrais avec un intérêt croissant tant était vivante la recherche à poursuivre dans les grands courants artistiques modernes. Peu avant la guerre, bâtiment et collections m'avaient été confiés ( ... ).

Cela débutait bien mal en ce jour de la Toussaint de l'année 1940, premier jour de l'occupation allemande du Jeu de Paume.

Conformément aux accords passés à la direction des Musées avec les Allemands, plusieurs de mes collègues étaient venus me seconder. Ils se préparaient à prendre la relève lorsque arriva le Dr Bunjes, qui leur enjoignit de s'en aller et de ne pas revenir.

Étant attachée à la conservation du musée je ne me crus pas visée par cet ordre, mon intention était arrêtée, je m'efforcerais de rester.

Je ne comprenais pas encore très nettement les raisons qui me poussaient à cette décision, ni de quelle manière je pourrais être utile et justifier ma présence puisqu'il n'était plus question d'inventaire français. Seule était précise ma détermination de ne pas quitter la place. L'accord de mes chefs m'enleva les derniers doutes que j'aurais pu avoir sur ce que j'avais à faire.

Mais quel allait être mon sort au milieu de tous, soldats, policiers ou experts d'art, qui commençaient à s'installer comme chez eux, dans ce musée où rien ne m'était indifférent ?--"

Rose Valland, "Le Front de lArt"

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